{"id":87,"date":"2023-03-23T09:49:48","date_gmt":"2023-03-23T09:49:48","guid":{"rendered":"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/?p=87"},"modified":"2023-12-01T12:18:16","modified_gmt":"2023-12-01T12:18:16","slug":"aman-doktor-rebetiko","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/index.php\/2023\/03\/23\/aman-doktor-rebetiko\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Aman Doktor&#8230;\u00a0\u00bb, itin\u00e9raire de 100 ans et plus d&rsquo;une chanson de R\u00e9b\u00e9tiko."},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\">Toi aussi amuse-toi \u00e0 taper old pictures, <em>rebetiko<\/em>, <em>pirea <\/em>sur ton moteur de recherche pr\u00e9f\u00e9r\u00e9&#8230; Il y a des images incroyables&#8230; Et puis, comme les histoires qui durent, les photos sont anonymes&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Difficile de retracer le parcours d\u2019une chanson de Reb\u00e9tiko. Et c\u2019est le cas de celle qu\u2019on appelle \u00ab <strong>Aman Doktor<\/strong> \u00bb. C\u2019est son nom en turc mais on l\u2019appelle aussi \u00ab <strong>Mendilimin Ye\u015fili<\/strong> \u00bb. En grec, elle s\u2019appelle \u00ab <strong>\u039f \u03bd\u03c4\u03bf\u03ba\u03c4\u03bf\u03c1<\/strong> \u00bb (\u00ab <strong>O Giatros<\/strong> \u00bb). On peut traduire cela par \u00ab<strong><em> Le Docteur<\/em><\/strong> \u00bb, tout simplement. On ne sait pas qui l\u2019a compos\u00e9, on ne trouve rien de clair l\u00e0-dessus. Et puisque le R\u00e9b\u00e9tiko est cette rencontre, dans le port du Pir\u00e9e, des pauvres grecs &amp; grecques qui affluent vers la m\u00e9tropole avec les fant\u00f4mes vivants de la <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Grande_Catastrophe\">Grande Catastrophe<\/a><\/em> de 1922, on peut dire qu\u2019on en saura jamais rien. Elle fait partie du grand r\u00e9pertoire des chansons de celles et ceux <em>qui ont d\u00fb partir<\/em>. Elles n\u2019appartiennent \u00e0 personne et varient avec les \u00e9v\u00e8nements historiques et sociaux des mondes dans lesquelles elles survivent.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"600\" height=\"373\" src=\"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/grandecatastrophe.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-89\" srcset=\"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/grandecatastrophe.jpg 600w, https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/grandecatastrophe-300x187.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Photographe inconnu, s\u00e9rie de photos \u00e0 retrouver <a href=\"http:\/\/www.levantineheritage.com\/evac.htm\">ici<\/a>.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">La chanson que nous traduirons \u00ab\u00a0<em><strong>Le Docteur<\/strong><\/em>\u00a0\u00bb a beaucoup \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9e au d\u00e9but du vingti\u00e8me si\u00e8cle par les immigrant\u00b7e\u00b7s grecs et grecques aux \u00c9tats-Unis. Tr\u00e8s t\u00f4t, d\u00e8s 1920, on peut entendre une version interpr\u00e9t\u00e9e par <strong><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=ocWMsEkFIXI\">Amalia Baka<\/a><\/strong> de Io\u00e1nnina en \u00c9pire (r\u00e9gion grecque situ\u00e9e pr\u00e8s de la fronti\u00e8re albanaise) et un peu plus tard par <strong>Virginia Mangidou<\/strong> d\u2019Istanbul en Turquie. D\u2019autres enregistrements existent, comme ceux de <strong><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=9_qxW7BRkXw\">Marika Papagika<\/a><\/strong> ou de <strong><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=M0M9Jja7oJw\">Giorgos Katsaros<\/a><\/strong> (version qui date de 1928 et en propose une version syncop\u00e9e assez \u00e9trange, r\u00e9ellement hypnotique).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">J&rsquo;ai trouv\u00e9 moins d&rsquo;informations concernant les versions turques de cette chanson&#8230; La premi\u00e8re version dont il est fait mention serait interpr\u00e9t\u00e9e par l\u2019arm\u00e9nienne <strong>Bogos Kierecciyan<\/strong>, enregistr\u00e9e \u00e0 Istanbul et sort sur le label <em>Balkan Record Label<\/em> \u00e0 New-York en 1953. Est-ce un homme, une femme ? Et ce label ? Rien \u00e0 leur sujet. Une seconde version (\u00ab\u00a0<em><strong>Aman Doktor<\/strong><\/em>\u00a0\u00bb ici) est enregistr\u00e9e \u00e0 Ath\u00e8nes par <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=DJ_Ti3RNhkI\">Ali Ugurlu<\/a> au d\u00e9but des ann\u00e9es 60 et cela a continu\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. D&rsquo;ailleurs, m\u00eame si je ne les ai pas trouv\u00e9 (ou cherch\u00e9 suffisamment bien), il semblerait qu&rsquo;il existe des versions mac\u00e9doniennes ou encore kurdes de cette chanson. <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"aman doktor Ali Ugurlu\" width=\"500\" height=\"375\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/DJ_Ti3RNhkI?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><figcaption class=\"wp-element-caption\">Version tr\u00e8s fleurie (apport ind\u00e9niable du violon) et tr\u00e8s rythm\u00e9e de \u00ab\u00a0Aman Doktor\u00a0\u00bb avec Ali Ugurlu au chant, avec un pont tr\u00e8s virtuose du chanteur au deux-tiers.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Chose surprenante : de ce qu\u2019on sait, les paroles varient peu au fil des enregistrements. D\u2019un point de vue de la composition, la chanson est issue du r\u00e9pertoire <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Micrasiates\"><em>micrasiate<\/em> <\/a>(adjectif par lequel on d\u00e9signe les populations grecques d&rsquo;Asie mineure&#8230;). C&rsquo;est le style venu de Smyrne, tr\u00e8s <em>oriental <\/em>dans ses sonorit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">D\u2019ailleurs \u00ab <em>Aman <\/em>\u00bb est une interjection qui exprime la souffrance, la mis\u00e9ricorde. Au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle, en Anatolie, on voit appara\u00eetre ce qu\u2019on appelle des <strong><em>aman\u00e8s<\/em> <\/strong>ou <em><strong>amanedes<\/strong><\/em>. Ce sont des improvisations vocales virtuoses et path\u00e9tiques &#8211; dont on peut trouver <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?app=desktop&amp;v=MxLhRyLfYM4\">un exemple <em>ici<\/em><\/a>, par la tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%B3za_Esken%C3%A1zy\"><strong>Roza Eskenazi<\/strong><\/a>. Alors c&rsquo;est peu dire que c\u2019est aussi \u00e0 l\u2019appui de ce genre-l\u00e0 que le R\u00e9b\u00e9tiko d\u2019Asie mineure se d\u00e9ploie : dans ces transes nasillardes et ses complaintes hypnotiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Les paroles que l\u2019on trouve le plus souvent de la chanson <em>\u00ab\u00a0<strong>Le Docteur<\/strong>\u00bb<\/em> rapportent un chagrin du c\u0153ur. Un ou une amoureuse meurt. On ne sait pas si cela est une m\u00e9taphore ou non. Les femmes comme les hommes peuvent le chanter. La plainte aupr\u00e8s du <em>docteur<\/em> est celle d\u2019un amour incurable et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 (<em>\u00ab\u00a0Docteur<\/em> \/ <em>Soigne-moi<\/em>\u00ab\u00a0). M\u00eame si l\u2019histoire du R\u00e9b\u00e9tiko s\u2019est ponctu\u00e9e de p\u00e9riodes d\u2019interdictions plus ou moins s\u00e9v\u00e8res li\u00e9es aux dictatures des ann\u00e9es 30 et 60 (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Io%C3%A1nnis_Metax%C3%A1s\">M\u00e9taxas <\/a>d\u2019abord puis <em><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dictature_des_colonels\">Les Colonels<\/a><\/em>), les musiciennes et musiciens se sont d\u00e9plac\u00e9\u00b7e\u00b7s des caves des banlieues d\u2019Ath\u00e8nes aux brasseries des <em>beaux<\/em> quartiers. On peut dire que, au sens litt\u00e9ral comme au sens figur\u00e9, cette musique <em>mineure<\/em> est devenue <em>majeure. <\/em>La drogue, la mis\u00e8re, l\u2019errance ou les terres abandonn\u00e9es ont laiss\u00e9 leur place aux chagrins d\u2019amour et \u00e0 l\u2019\u00e9chec personnel. En m\u00eame temps que les th\u00e8mes abord\u00e9s, <strong>ce sont les tonalit\u00e9s orientales qui sont devenues plus rares<\/strong>. En somme, la souffrance et la m\u00e9lancolie sont devenues moins sombres et moins collectives. Le R\u00e9b\u00e9tiko tombant parfois dans une sorte d&rsquo;<em>image<\/em>, de clich\u00e9 de lui-m\u00eame&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/29-06-2015-AFP-Aris-Messinis.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-115\" width=\"535\" height=\"285\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Photo d&rsquo;Aris Messinis, AFP, 29\/06\/2015<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Cependant \u00e0 la faveur de la crise de notre vingt-et-uni\u00e8me si\u00e8cle, le r\u00e9pertoire <em>r\u00e9b\u00e8te <\/em>du d\u00e9but du vingti\u00e8me recommence \u00e0 revenir dans les oreilles de celles et ceux qui souffrent de la violence institutionnelle et financi\u00e8re qui s\u2019abat sur le pays. Une <em>reconnaissance <\/em>qui permet de r\u00e9\u00e9crire ces chansons. Et puisque c\u2019est <em>la crise<\/em>, les musiciennes et musiciens sont r\u00e9duit\u00b7e\u00b7s \u00e0 jouer dans la rue,  ils et elles errent \u00e0 nouveau. La Gr\u00e8ce devient, encore et encore, une terre d\u2019exil, pauvre et triste, migrant\u00b7e\u00b7s de l&rsquo;int\u00e9rieur et de l&rsquo;ext\u00e9rieur. Ainsi, avec le temps qui passe, le plus passionnant est de voir les \u00e9carts qui se creusent, les diff\u00e9rences qui se jouent d&rsquo;une version \u00e0 l&rsquo;autre.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Gilets-sauvetage-Lesbos_0.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-110\" width=\"564\" height=\"317\" srcset=\"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Gilets-sauvetage-Lesbos_0.jpg 752w, https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2023\/03\/Gilets-sauvetage-Lesbos_0-300x169.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 564px) 100vw, 564px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Des milliers de gilets de sauvetage jonchent le rivage de l&rsquo;\u00eele de Lesbos. (Reuters\/Yannis Behrakis)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Quoiqu\u2019il en soit, j\u2019ai entendu une version de cette chanson dans le film <strong><em>Djam<\/em> <\/strong>de Tony Gatlif, sorti en 2017. Le film rend tr\u00e8s accessible une histoire du R\u00e9b\u00e9tiko. D\u2019o\u00f9 il vient (<em>de l\u2019errance<\/em>, dirons-nous). C\u2019est un film musical, assez direct, sans trop de sophistication formel bien qu&rsquo;un peu th\u00e9\u00e2tral par moments. Dans le premier tiers du film, on y voit deux musiciennes et un musicien interpr\u00e9ter \u00ab <strong>Aman Doktor<\/strong> \u00bb. Et bien que la litanie soit r\u00e9p\u00e9t\u00e9e en turc, les paroles &#8211; qui se sont un peu transform\u00e9es&#8230; &#8211; sont en grec. Je ne trouve rien sur une version semblable enregistr\u00e9e par le pass\u00e9. L\u2019instrumentation est aust\u00e8re. Les paroles brutes. La sc\u00e8ne se d\u00e9roule dans une gare pr\u00e8s de la fronti\u00e8re greco-turque &#8211; faisant aussi un triste \u00e9cho aux <a href=\"https:\/\/www.francetvinfo.fr\/monde\/grece\/catastrophe-ferroviaire-en-grece-la-rue-continue-de-reclamer-des-comptes-au-gouvernement_5708870.html\">\u00e9v\u00e8nements r\u00e9cents survenues en Gr\u00e8ce<\/a>. Les paroles auraient pu, et le peuvent encore, accompagner les pleurs des proches dont les fr\u00e8res, s\u0153urs, parents ou amis ont aussi disparus sous les d\u00e9combres de leurs immeubles, lors des <a href=\"https:\/\/www.francetvinfo.fr\/monde\/seisme-en-turquie-et-en-syrie\/seisme-en-turquie-et-en-syrie-la-catastrophe-a-fait-plus-de-50-000-morts-selon-un-nouveau-bilan_5684762.html\">s\u00e9ismes tragiques<\/a> du 6 f\u00e9vrier \u00e0 la fronti\u00e8re turquo-syrienne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-small-font-size\"><em>Sous la vid\u00e9o : Les paroles de la chanson et un commentaire&#8230;<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Aman Doktor\" width=\"500\" height=\"375\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/l2_Ybt2XZEo?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-right has-medium-font-size is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\" style=\"font-style:normal;font-weight:300\">\n<p><em>De gr\u00e2ce Docteur<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Mon c\u0153ur a besoin de rem\u00e8des<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pour tout le mal<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>De gr\u00e2ce Docteur<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pour tout le mal que me donne cette soci\u00e9t\u00e9<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Donne-moi du haschich<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pour gu\u00e9rir ma peine<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pour tous les chagrins que donne ce monde injuste<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Bois du vin<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Et fume de l\u2019herbe<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>R\u00e9siste mon c\u0153ur<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le rem\u00e8de est dans la musique<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><em>De gr\u00e2ce Docteur<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>De gr\u00e2ce Docteur<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>On dit que l\u2019homme bon<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ira au paradis<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je n\u2019en suis pas si s\u00fbre<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><em>De gr\u00e2ce Docteur<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>On dit que l\u2019homme<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Bon ira au paradis<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je n\u2019en suis pas s\u00fbre<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><em>De gr\u00e2ce Docteur<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Mon c\u0153ur a besoin de rem\u00e8des<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pour tout le mal<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pour tout le mal que me donne cette soci\u00e9t\u00e9<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>J\u2019ai besoin de vin et de cannabis<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pour chasser mon \u00e2me sombre<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><em>De gr\u00e2ce Docteur<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Mon c\u0153ur a besoin de rem\u00e8des<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pour chasser mon \u00e2me sombre<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>De gr\u00e2ce Docteur<\/em><\/p>\n<cite><br>(traduction recopi\u00e9e des sous-titres du film de Tony Gatlif)<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Pour commencer, la chanson est longue (6 minutes), ce qui est globalement au-dessus des standards du genre. La chanson est interpr\u00e9t\u00e9e par deux artistes grecs et l&rsquo;actrice principale du film, <strong>Daphn\u00e9 Patakia<\/strong>. Ensuite, le ton plaintif des chansons <em>micrasiates <\/em>est accentu\u00e9 : une longue introduction, instruments \u00e0 cordes uniquement, rythme tr\u00e8s lent, un texte tr\u00e8s r\u00e9p\u00e9titif, des entr\u00e9es de voix seules, puis se m\u00e9langeant, faisant au final, un ch\u0153ur. On peut se demander si le ton n&rsquo;est pas un peu trop <em>affect\u00e9<\/em>&#8230; A moins que ce soit la qualit\u00e9 de l&rsquo;enregistrement qui nous donne cette impression ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Dans tous les cas, avec une \u00e9conomie sonore et textuel tr\u00e8s r\u00e9duite, la chanson porte le message de toutes celles apr\u00e8s lesquelles elles passent : \u00e0 la douleur, <strong><em>le docteur ne peut rien<\/em><\/strong>, puisque c&rsquo;est le monde entier, la soci\u00e9t\u00e9, et donc chacun\u00b7e de nous qui souffrons. Cette douleur lancinante, c&rsquo;est celle d&rsquo;\u00eatre vivant et vivante, d&rsquo;\u00eatre encore au monde pour le voir tel qu&rsquo;il est, sans rien, m\u00eame pas <em>les bonnes choses<\/em> (<em>le vin et le cannabis<\/em> de la chanson sont des palliatifs bien fragiles&#8230;) pour le rendre supportable. Et cette douleur, comme la mont\u00e9e progressive de la chanson en intensit\u00e9, ne saurait s&rsquo;arr\u00eater. Tout fait \u00e9cho en elle. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Alors, il reste quoi, \u00e0 la fin ? <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Le monde <em>tel qu&rsquo;il est<\/em>, c&rsquo;est tout, mais peut-\u00eatre aussi la musique pour tout ce qu&rsquo;elle peut porter qui n&rsquo;<em>est pas<\/em> de la musique : des histoires communes de souffrance, une histoire des souffrances communes ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">En guise de clap de fin, il y a une autre chanson dans le film, dont on ne fera pas l&rsquo;histoire ce coup-ci ! Il s&rsquo;agit d&rsquo;un dialogue imaginaire entre une fille et son p\u00e8re. Ici, la chanson est habituellement chant\u00e9e en turc mais, habilement, les langues se m\u00e9langent dans la version du film. La chanson s&rsquo;appelle <em><strong>Istemem Babacim<\/strong><\/em> (qu&rsquo;on peut traduire par : <em>\u00ab\u00a0Je ne veux pas Papa\u00a0\u00bb<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"Istemem Babacim\" width=\"500\" height=\"375\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/RWp9_A-jO3I?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>Ma fille, dois-je te donner le monde ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ma fille, dois-je te donner le monde ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Prends-le et ch\u00e9rie-le<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il est compl\u00e8tement fou<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il me fait peur<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Non, papa, je ne veux pas<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je ne veux pas de ce monde-l\u00e0<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il est compl\u00e8tement fou<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il me fait peur<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ce monde est aujourd&rsquo;hui si cruel.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Non, papa, je ne veux pas<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je ne veux pas de ce monde-l\u00e0<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ma fille, ce monde est merveilleux<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ma fille, ce monde est merveilleux<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pour qui sait le prendre<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><em>Non, papa, je ne veux pas<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je ne veux pas de ce monde-l\u00e0<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ce monde est aujourd&rsquo;hui si cruel<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Non, papa, je ne veux pas<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je ne veux pas de ce monde-l\u00e0<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ma fille, ce monde est beau<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Avec les nuits au clair de lune<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ma fille, ce monde est beau<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Avec les nuits au clair de lune<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Et les jours brillants de soleil<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ce monde est \u00e9crasant<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il m&rsquo;\u00e9touffe<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Non, papa, je ne veux pas<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je ne veux pas de ce monde-l\u00e0<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ce monde est \u00e9crasant<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il m&rsquo;\u00e9touffe<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je ne veux pas de ce monde-l\u00e0<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Que dire ? C&rsquo;est trop beau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Et la beaut\u00e9 est absurde, certes, mais c&rsquo;est bien parce que le monde est effrayant, cruel et injuste qu&rsquo;un rayon de soleil refl\u00e9t\u00e9 dans une flaque d&rsquo;eau, une fleur sortie du b\u00e9ton, un arbre qui sort du brouillard sont des choses <em><strong>r\u00e9ellement <\/strong><\/em>importantes.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-small-font-size\">Ce texte est le fruit de recherches personnelles, d&rsquo;un kiff cin\u00e9phile partag\u00e9 avec Alix, d&rsquo;\u00e9changes avec T., mon fr\u00e8re, d&rsquo;articles (<a href=\"https:\/\/lejournal.cnrs.fr\/articles\/la-grande-catastrophe-ou-lhistoire-dune-tragedie-grecque\">ici<\/a> par exemple), et de beaucoup de vid\u00e9os YouTube, augment\u00e9es par leurs commentaires et la traduction automatique &#8211; offrant des divagations infinies plus ou moins heureuses.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Toi aussi amuse-toi \u00e0 taper old pictures, rebetiko, pirea sur ton moteur de recherche pr\u00e9f\u00e9r\u00e9&#8230; Il y a des images incroyables&#8230; Et puis, comme les histoires qui durent, les photos sont anonymes&#8230; Difficile de retracer le parcours d\u2019une chanson de Reb\u00e9tiko. 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