{"id":608,"date":"2026-02-25T15:06:02","date_gmt":"2026-02-25T15:06:02","guid":{"rendered":"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/?p=608"},"modified":"2026-02-26T12:52:36","modified_gmt":"2026-02-26T12:52:36","slug":"poesie-vivace-de-turquie-donat-bayer-editions-kontr","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/index.php\/2026\/02\/25\/poesie-vivace-de-turquie-donat-bayer-editions-kontr\/","title":{"rendered":"12 notes et digressions sur \u00ab\u00a0Po\u00e9sie vivace de Turquie\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Tout avait l&rsquo;air normal\u00a0\u00bb de Donat Bayer, \u00e9ditions Kontr"},"content":{"rendered":"\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><em>Pour illustrer mon article pr\u00e9c\u00e9dent, j&rsquo;avais demand\u00e9 \u00e0 une I.A de g\u00e9n\u00e9rer l&rsquo;image d&rsquo;un livre qui br\u00fblait et d&rsquo;o\u00f9 sortaient des fant\u00f4mes (je n&rsquo;ai pas gard\u00e9 le prompt, pri\u00e8re de m&rsquo;excuser). Il se trouve qu&rsquo;initialement, ce dont j&rsquo;avais envie de parler, c&rsquo;\u00e9tait de l&rsquo;anthologie <\/em><strong><em>Po\u00e9sie <\/em>vivace <em>de Turquie<\/em><\/strong><em> <\/em><em>que je venais de recevoir des mains de Sylvain Cavaill\u00e8s, qu&rsquo;il a lui-m\u00eame orchestr\u00e9e. La tr\u00e8s belle couverture du livre est en-dessous. L&rsquo;article qui suit le concerne, mais il parlera aussi d&rsquo;un autre livre <em><strong>Tout avait l&rsquo;air normal<\/strong> de Donat Bayer<\/em>, qui vient de para\u00eetre aux <a href=\"https:\/\/kontr.fr\/\">\u00e9ditions Kontr<\/a>, encore une fois.<\/em> <em>Ainsi, les paragraphes qui suivent sont un m\u00e9lange de citations tir\u00e9es des deux livres, de r\u00e9flexions g\u00e9n\u00e9rales, d&rsquo;anecdotes plus personnelles et de notes sans pr\u00e9tention, mais remplies d&rsquo;une certaine joie, sur certaines autrices et auteurs traduits du turc.<\/em><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"711\" height=\"1024\" data-id=\"623\" src=\"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/9782491221232-711x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-623\" srcset=\"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/9782491221232-711x1024.jpg 711w, https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/9782491221232-208x300.jpg 208w, https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/9782491221232.jpg 738w\" sizes=\"auto, (max-width: 711px) 100vw, 711px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"712\" height=\"1024\" data-id=\"622\" src=\"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/9782491221218-712x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-622\" srcset=\"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/9782491221218-712x1024.jpg 712w, https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/9782491221218-209x300.jpg 209w, https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/9782491221218.jpg 739w\" sizes=\"auto, (max-width: 712px) 100vw, 712px\" \/><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-x-large-font-size\"><strong>* * *<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Je ne le savais pas, mais une anthologie, en plus de nommer un recueil de morceaux choisis, ici <strong>morceaux de litt\u00e9rature<\/strong>, peut d\u00e9signer une collection de fleurs. Pour \u00eatre plus explicite, on peut dire que le mot <em>floril\u00e8ge <\/em>est un bon synonyme. Entre les mains, je tiens une anthologie de po\u00e9sie turque, surnomm\u00e9e \u00ab\u00a0Po\u00e9sie vivace de Turquie\u00a0\u00bb. L&rsquo;adjectif est en italique. Si bouquet il fallait imaginer, il serait peut-\u00eatre compos\u00e9 d&rsquo;un m\u00e9lange de lierre vari\u00e9, d&rsquo;agapanthe, de fleurs de ronces ou de lavande, par exemple. Les plantes vivaces sont celles que je pr\u00e9f\u00e8re. Elles aiment s\u2019agripper partout, elles sont fortes dans la m\u00e9diocrit\u00e9 ambiante, elles tiennent debout. On le comprend assez vite : cette courte anthologie ne propose pas un panorama exhaustif de la po\u00e9sie contemporaine turque. Elle est un instantan\u00e9 de ce qu&rsquo;arrivent \u00e0 faire les po\u00e9tesses et po\u00e8tes turcs en ces temps troubles. Leurs po\u00e8mes sont les fleurs qu&rsquo;elles et ils arrivent \u00e0 faire pousser.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><em>\u00ab&nbsp;Il se tient immobile, le jour, dans la chambre, tout le jour. \/ Quand tu te l\u00e8ves, il s&rsquo;effondre, ton monde. \u00bb<\/em> (I., La chambre, <strong>Donat Bayer<\/strong>, <em>Tout avait l&rsquo;air norma<\/em>l)<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Les auteurices publi\u00e9\u00b7es dans l\u2019anthologie, ainsi que <strong>Donat Bayer<\/strong>, ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s par la maison d\u2019\u00e9dition <em><strong><a href=\"https:\/\/www.instagram.com\/160.kilometre\/\">160. Kilometre<\/a><\/strong><\/em> (\u00ab\u00a0le 160<sup>e<\/sup> kilom\u00e8tre\u00a0\u00bb, <a href=\"https:\/\/160incikilometre.com\/\">la joie de la vitesse<\/a>). Bas\u00e9e \u00e0 Istanbul, elle tire son nom d&rsquo;une expression attrap\u00e9e dans un texte de <strong>N\u00e2z\u0131m Hikmet<\/strong>, auteur phare d\u2019une certaine modernit\u00e9 po\u00e9tique dans le paysage litt\u00e9raire turc, engag\u00e9 au sein du parti communiste, ce qui lui a valu quelques s\u00e9jours en prison. En somme, un exil\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de son pays comme \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la langue turque. Ce qui r\u00e9unit les auteurices : un vers libre et cass\u00e9, de l&rsquo;audace formelle, une fa\u00e7on t\u00e9nue d\u2019\u00eatre au monde, donc exp\u00e9rimentale, puisque le monde est aride. Po\u00e9tesses et po\u00e8tes d\u2019avant-garde, de tout temps, sont des mauvaises graines.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Du verre<\/p>\n\n\n\n<p>Il prend la forme<\/p>\n\n\n\n<p>Des montagnes, des plaines<\/p>\n\n\n\n<p>Le corbeau s&rsquo;en va<\/p>\n\n\n\n<p>Reste sa voix<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0La Turquie est aux Turcs\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Hurle<\/p>\n\n\n\n<p>Une femme<\/p>\n\n\n\n<p>Son fils rapporte une grippe<\/p>\n\n\n\n<p>De Bagdad et la photo de son p\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p>Le sang mauvais<\/p>\n\n\n\n<p>Ne s&rsquo;arr\u00eate pas<\/p>\n\n\n\n<p>Il est mauvais<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">III, Le sang mauvais, <strong>Donat Bayer<\/strong>, <em>Tout avait l&rsquo;air normal<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">J&rsquo;assiste \u00e0 une lecture bilingue de <strong>Mahir Ta\u015fyurt<\/strong>. Il parle d&rsquo;architecture. On dirait qu&rsquo;il commente une partie poussi\u00e9reuse de <em>Sim City 2000<\/em>. C&rsquo;est un jeu dans lequel on peut construire des villes monstrueuses dans lesquelles on voit \u00e0 peine les \u00eatres humains. Il dit qu&rsquo;il est enferm\u00e9 dedans, comme un magicien perdu dans un univers qu&rsquo;il aurait enti\u00e8rement invent\u00e9. J&rsquo;entends une \u00e9criture tr\u00e8s joueuse, directe, concr\u00e8te et simple. Jacques Pr\u00e9vert avec un casque de r\u00e9alit\u00e9 virtuelle (et quand tu regardes sur les bords, \u00e7a donne le vertige). Cela me donne une id\u00e9e et quand je rentre \u00e0 la maison, j&rsquo;\u00e9cris tr\u00e8s vite des autoportraits en joueur de jeux vid\u00e9o, mais je n&rsquo;enregistre pas mon fichier texte. Pendant la nuit, mon ordinateur plante. \u00c9cran bleu. <em>Unexpected_Store_Exception<\/em>. Le fichier est perdu. Je ne r\u00e9\u00e9cris rien. Avec le temps, les po\u00e8mes se d\u00e9forment dans ma t\u00eate et se confondent avec ceux de Mahir.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Il y a quelque chose d\u2019anodin, et en m\u00eame temps de tout \u00e0 fait remarquable, qui me fait beaucoup aimer cette anthologie : ce sont les portraits des auteurices. Imprim\u00e9s en pleine page, ces photographies rendent le livre <strong>vivant<\/strong>. Il y a des jeunes, des moins jeunes, des personnes plus \u00e2g\u00e9es. Ce sont elles et ce sont eux qui font de la po\u00e9sie turque un espace vivace. Et ces personnes-l\u00e0 sont tout \u00e0 fait normales, nous regardent pendant que nous lisons leurs textes. Autant que la s\u00e9lection et le montage des textes entre eux, les photographies &#8211; notamment celles d&rsquo;<strong>Aliz\u00e9e Grau \u0218ahin<\/strong> (<em><a href=\"https:\/\/www.instagram.com\/alizee_jude\/\">coucou !<\/a><\/em>) &#8211; participent \u00e0 quelque chose de tr\u00e8s touchant. \u00c0 l&rsquo;oreille, cela me souffle quelque chose comme <em>on n&rsquo;\u00e9crit jamais tout\u00b7e seul\u00b7e<\/em>. Il y a des liens visibles ou invisibles qui s&rsquo;accrochent \u00e0 nous. Parmi ces auteurices, difficile de savoir qui aura le privil\u00e8ge, ou l\u2019opportunit\u00e9, de faire carri\u00e8re en Litt\u00e9rature (<em>argh !<\/em>) ou deviendra quelqu\u2019un\u00b7e de renomm\u00e9. On n\u2019en sait rien et on s&rsquo;en fout compl\u00e8tement.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-2 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"735\" height=\"658\" data-id=\"621\" src=\"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Poetes3.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-621\" srcset=\"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Poetes3.png 735w, https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Poetes3-300x269.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 735px) 100vw, 735px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"738\" height=\"670\" data-id=\"620\" src=\"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Poetes2.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-620\" srcset=\"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Poetes2.png 738w, https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Poetes2-300x272.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 738px) 100vw, 738px\" \/><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">6 petites pages brutes pour deux textes de <strong>Burak Acar<\/strong>, entre didascalies, informations attrap\u00e9es dans des conversations pragmatiques et monologue int\u00e9rieur un peu obsessionnel. On ne sait pas ce qui se passe, on ne sait pas qui parle, mais quelque chose est ab\u00eem\u00e9 entre le monde et comment on le repr\u00e9sente. Les sc\u00e8nes comment\u00e9es comme des mauvais r\u00eaves sont irrespirables et il n&rsquo;en reste souvent que des blocs de mots d\u00e9sordonn\u00e9s. Parfois graves. Parfois sans int\u00e9r\u00eat. Des corps qui bougent, qui crient, des pens\u00e9es qui bougent, et qui crient. On ne sait pas pourquoi.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">C&rsquo;est certain, je ne pourrai pas parler de tout. Ni des vers prosa\u00efquement  lyriques de <strong>Sude \u00d6zturk<\/strong> et d&rsquo;<strong>Elvin Ero\u011flu<\/strong>. Ni de la po\u00e9sie quasi-action d&rsquo;<strong>Onur K\u00f6yba\u015f\u0131<\/strong> et de <strong>Liman Mehetcihat<\/strong>. Ni de l&rsquo;exploration d\u00e9pressive presque comique d&rsquo;<strong>\u0130lker \u015eaguj<\/strong>. Ach\u00e8te le livre. Apprends le turc.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>je suis un bandit papa : je traverse avec les gouttes ton pays-des-aveugles<\/p>\n\n\n\n<p>l&rsquo;ivrogne de quarante-huit ans ne sait plus comment rentrer chez lui<\/p>\n\n\n\n<p>je tra\u00eene mon squelette d&rsquo;un demi-si\u00e8cle sur le bord de mer de Moda<\/p>\n\n\n\n<p>je serre plus fort mes b\u00e9quilles et j&rsquo;attends une r\u00e9ponse :<\/p>\n\n\n\n<p><em>pourquoi m&rsquo;as-tu abandonn\u00e9 ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">extrait de L&rsquo;Aune, <strong>Levent Karata\u015f<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-foreground-color has-text-color has-link-color has-large-font-size wp-elements-3318c1c8203d18934a8fd9b32c3c26f9\">Le livre de <strong>Donat Bayer<\/strong> est un ensemble de plusieurs livres r\u00e9unis. On lit que <em>\u00ab&nbsp;selon l\u2019aveu de l\u2019auteur, ces trois recueils forment une trilogie sur le mal que les hommes se font les uns aux autres&nbsp;\u00bb<\/em>. Et malgr\u00e9 les th\u00e8mes explor\u00e9s, il faut dire que la po\u00e9sie de <strong>Donat Bayer<\/strong> est g\u00e9n\u00e9reuse, ing\u00e9nieuse et vari\u00e9e. Et encore plus <strong>\u00ab&nbsp;Le Fulgur\u00e9&nbsp;\u00bb<\/strong>, compos\u00e9 d\u2019une trentaine de po\u00e8mes s\u00e9riels. Le sujet n\u2019a rien d\u2019abstrait, mais il est difficile de dire de quoi parlent ces textes qui construisent une narration po\u00e9tique \u00e9nigmatique o\u00f9 une suite de motifs se d\u00e9plient et se replient les uns sur les autres. Il y a Ey\u00fcp, il y a la foudre, il y a l\u2019\u00e2me d\u2019Ey\u00fcp, perdue ou en mille morceaux, des livres dont les pages semblent d\u00e9chir\u00e9es, le fant\u00f4me d\u2019Elisabeth Bishop tenant une carte routi\u00e8re au milieu de nulle part, la guerre et, peut-\u00eatre, des soldats (ou leurs voix seules) qui en reviennent. Et pour faire \u00e7a, <strong>Donat Bayer <\/strong>colle des textes aussi diff\u00e9rents que des fausses lettres, une chanson, un dessin, des recopiages, des r\u00e9flexions de quelques mots ou des r\u00e9cits cribl\u00e9s de balles. <strong><span style=\"text-decoration: underline;\">Note simple <\/span><\/strong>: qu\u2019est-ce que c\u2019est dur, parfois, de parler de ce que fait la po\u00e9sie&#8230; Ici, de toute \u00e9vidence, cela n\u2019a aucun sens. Pour autant, tout y tient par magie, la magie dont parlait <strong>Jack Spicer<\/strong> dans ses conf\u00e9rences hallucin\u00e9es. Les po\u00e8mes tiennent ensemble et les fils sont invisibles.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Je termine sur les deux textes de <strong>Fatma Nur T\u00fcrk<\/strong> &#8211; dont on peut esp\u00e9rer une traduction plus longue dans le futur. Le premier est une suite de strophes de deux vers compos\u00e9s d&rsquo;\u00e9nonc\u00e9s factuels (\u00ab&nbsp;Deux zeppelins venus du pass\u00e9&nbsp;\u00bb), le second une sorte de dialogue \u00e9trange \u00e0 la ponctuation d\u00e9r\u00e9gl\u00e9e (\u00ab&nbsp;L\u2019eau des mauvais jours&nbsp;\u00bb). Et un doute m\u2019envahit&nbsp;: quel d\u00e9tour devons-nous prendre pour t\u00e9moigner de la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 verrouill\u00e9e politiquement et dans laquelle les mots changent tr\u00e8s vite de sens&nbsp;? \u00c0 quoi peuvent servir nos po\u00e8mes&nbsp;? Les rapprochements d\u2019images de l\u2019autrice, et les cons\u00e9quences qui ont l\u2019air d\u2019en d\u00e9couler, qu\u2019est-ce qu\u2019ils veulent dire&nbsp;? C\u2019est comme si une certaine forme de <em>litt\u00e9ralit\u00e9<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019envie -co\u00fbte que co\u00fbte &#8211; de d\u00e9crire le r\u00e9el, aboutissait \u00e0 une forme de surr\u00e9alit\u00e9. Apr\u00e8s tout, est-ce qu\u2019une fois d\u00e9barrass\u00e9s des formules toutes faites et des images qui les hantent, les mots ne finissent-ils pas par ne d\u00e9crire qu&rsquo;un monde absurde&nbsp;? Pas de r\u00e9ponse : c&rsquo;est pour \u00e7a qu&rsquo;on le fait.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>&#8211; ben oui mais comment tu veux que je stocke mon eau des mauvais jours. et si j&rsquo;enterrais les bouteilles<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; pas b\u00eate. fais \u00e7a<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; mais la terre ne m&rsquo;appartient pas<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; ah bon t&rsquo;as pas de terre<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; ben non, j&rsquo;ai pas de terre. j&rsquo;ai pas de jardin, pas de vigne. un jour o\u00f9 l&rsquo;autre l&rsquo;Etat va d\u00e9barquer et dire cette eau que tu as enterr\u00e9e dans ma terre est ma coreligionnaire<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; oui bien s\u00fbr c&rsquo;est possible<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">\u00ab\u00a0L\u2019eau des mauvais jours\u00a0\u00bb, <strong>Fatma Nur T\u00fcrk<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:50px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-text-color has-link-color has-xx-large-font-size wp-elements-561e54983069be41f8301f79856723b5\" style=\"color:#fd00fd\"><strong>* * *<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;\u00e9tait&#8230;<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong><em>Po\u00e9sie <\/em>vivace <em>de Turquie<\/em><\/strong>, une anthologie \u00e9tablie par <strong>Sylvain Cavaill\u00e8s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Avec <strong>Ada Pancar, Ahmet G\u00fcntan, Ay\u015fe G\u00f6rkem Kozano\u011flu, Burak Acar, Donat Bayer, Elvin Ero\u011flu, Fatma Nur T\u00fcrk, \u0130lker \u015eaguj, Levent Karata\u015f, Liman Mehmetcihat, M. Mil\u00e2t \u00d6z\u00e7elik, Mahir Ta\u015fyurt, O\u011fuzhan Kayacan, Onur K\u00f6yba\u015f\u0131, \u00d6mer \u015ei\u015fman, Sinan \u00d6zdemir et Sude \u00d6zt\u00fcrk<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Po\u00e8mes traduits par <strong>Sylvain Cavaill\u00e8s<\/strong> et <strong>\u00d6zsu Riv<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-text-color has-link-color wp-elements-a1499a0a18fb1606157257395bf5d264\" style=\"color:#fd00fd\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\"><a href=\"https:\/\/kontr.fr\/\">\u00e9ditions Kontr<\/a><\/span><\/strong>, \u00e9t\u00e9 2025, 128 pages, 13,90 \u20ac<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">et&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong><em>Tout avait l&rsquo;air normal<\/em><\/strong>, un livre de po\u00e9sie de Donat Bayer<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Traduit du turc par <strong>Sylvain Cavaill\u00e8s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-text-color has-link-color has-medium-font-size wp-elements-644b22600ea89f8d0773e31a6fd3eeca\" style=\"color:#fd00fd\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\"><a href=\"https:\/\/kontr.fr\/\">\u00e9ditions Kontr<\/a><\/span><\/strong>, septembre 2025, 136 pages, 13 \u20ac<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour illustrer mon article pr\u00e9c\u00e9dent, j&rsquo;avais demand\u00e9 \u00e0 une I.A de g\u00e9n\u00e9rer l&rsquo;image d&rsquo;un livre qui br\u00fblait et d&rsquo;o\u00f9 sortaient des fant\u00f4mes (je n&rsquo;ai pas gard\u00e9 le prompt, pri\u00e8re de m&rsquo;excuser). Il se trouve qu&rsquo;initialement, ce dont j&rsquo;avais envie de parler, c&rsquo;\u00e9tait de l&rsquo;anthologie Po\u00e9sie vivace de Turquie que je venais de recevoir des mains [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":613,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-608","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/608","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=608"}],"version-history":[{"count":30,"href":"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/608\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":648,"href":"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/608\/revisions\/648"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/613"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=608"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=608"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=608"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}