{"id":288,"date":"2023-10-31T16:21:50","date_gmt":"2023-10-31T16:21:50","guid":{"rendered":"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/?p=288"},"modified":"2023-12-01T12:17:50","modified_gmt":"2023-12-01T12:17:50","slug":"drive-hettie-jones","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/index.php\/2023\/10\/31\/drive-hettie-jones\/","title":{"rendered":"Les routes comme des souvenirs : \u00e0 propos de \u00ab\u00a0Drive\u00a0\u00bb d&rsquo;Hettie Jones"},"content":{"rendered":"\n<div style=\"height:50px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Un livre rose fuchsia qui attire l\u2019\u0153il, un bandeau un peu racoleur (\u00ab\u00a0<em>La Beat Generation au f\u00e9minin<\/em> [&#8230;]\u00a0\u00bb) et un titre, non-traduit pour nous plonger directement dans le paysage am\u00e9ricain de la Po\u00e9sie qui va suivre&nbsp;: voil\u00e0 le pari de la version fran\u00e7aise de <em>Drive<\/em>, \u00e9crit par Hettie Jones, dans une traduction de Florentine Rey et Franck Loiseau, publi\u00e9e au printemps 2021 par les \u00e9ditions Bruno Doucey.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Et peut-\u00eatre, l\u00e0, juste pour commencer, un grand merci \u00e0 la traductrice et au traducteur : traduire un livre de po\u00e9sie, <span style=\"text-decoration: underline;\">c&rsquo;est un acte vraiment g\u00e9n\u00e9reux<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:50px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-vivid-purple-color has-text-color has-large-font-size\"><strong>Une pr\u00e9sentation de la po\u00e9tesse Hettie Jones et du livre <\/strong>\u00ab\u00a0<em><strong>Drive<\/strong>\u00ab\u00a0<\/em><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:50px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"470\" height=\"677\" src=\"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Hettie-Jones.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-290\" style=\"aspect-ratio:0.6942392909896603;width:287px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Hettie-Jones.png 470w, https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Hettie-Jones-208x300.png 208w\" sizes=\"auto, (max-width: 470px) 100vw, 470px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Hettie Jones, n\u00e9e Cohen, est n\u00e9e en 1934, \u00e0 New-York. Elle est toujours vivante. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">On l\u2019associe \u00e0 la <em><a href=\"https:\/\/www.radiofrance.fr\/franceculture\/podcasts\/le-book-club\/une-histoire-de-la-beat-generation-3001059\">Beat Generation<\/a><\/em>, groupe dont elle a particip\u00e9 \u00e0 l\u2019effervescence. S\u2019agissant des hommes <em>illustres<\/em>, elle a notamment fr\u00e9quent\u00e9 A. Ginsberg, J. Kerouac, ou d&rsquo;autres comme Frank O\u2019Hara ou Charles Olson. Et s\u2019agissant des figures f\u00e9minines, moins consid\u00e9r\u00e9es et tr\u00e8s vite plong\u00e9es dans l&rsquo;ombre, on peut citer Elise Cowen, Diane di Prima ou Mary Norbert K\u00f6rte. <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Bien heureusement, gr\u00e2ce \u00e0 <a href=\"https:\/\/www.editions-brunodoucey.com\/beat-attitude\/\">certaines et certains<\/a>, on commence \u00e0 d\u00e9couvrir l\u2019importance de leurs travaux. Et c&rsquo;est tr\u00e8s vivifiant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Comme l&rsquo;\u00e9crit tr\u00e8s bien Wikip\u00e9dia, \u00ab\u00a0<em>elle rencontre Leroi Jones (Amiri Baraka) \u00e0 la faveur de son travail pour la revue <span style=\"text-decoration: underline;\">The Record Changer<\/span>, qu&rsquo;elle \u00e9pouse dans un temple bouddhiste en 1958<\/em>\u00ab\u00a0, et ajoutons, de notre c\u00f4t\u00e9, que pendant de nombreuses ann\u00e9es, le couple milite ensemble. Ajoutons aussi que Leroi Jones demande le divorce afin de se d\u00e9dier pleinement \u00e0 l&rsquo;action politique (notamment au sein du <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Black_Arts_Movement\">Black Arts Movement<\/a>), d\u00e9laissant sa compagne et leurs deux filles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Malgr\u00e9 une charge domestique et mat\u00e9rielle cons\u00e9quente, Hettie Jones \u00e9crit beaucoup, et dans des genres vari\u00e9s. Elle re\u00e7oit pour son livre <em>Drive<\/em>, publi\u00e9 en 1998, le prix <em>Norma Farber<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Le livre est une somme de po\u00e8mes, construit sur un mode de lisibilit\u00e9 qui me fait penser \u00e0 celui que l&rsquo;on peut avoir pour aborder le travail de <a href=\"https:\/\/remue.net\/Jack-Spicer-C-est-mon-vocabulaire-qui-m-a-fait-ca\">Jack Spicer<\/a> (\u2665) : un grand livre de po\u00e9sie qui se d\u00e9plie et permet de d\u00e9couvrir, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, des<em> s\u00e9ries <\/em>de textes, livres dans le livre, dont le travail formel et les contraintes varient &#8211; tout en dessinant une vraie coh\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Alors il est, de fait, difficile de le commenter sans se focaliser sur certaines sections. C&rsquo;est donc \u00e0 partir d&rsquo;elles que je livrerais mes pens\u00e9es (et mes joies).<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:50px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-vivid-purple-color has-text-color has-large-font-size\"><strong>Quelques itin\u00e9raires de lecture<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Dans <em>Drive<\/em>, c&rsquo;est toute la vie d&rsquo;une femme qui se d\u00e9ploie, dans une grande m\u00e9lancolie et en morceaux color\u00e9s, des ann\u00e9es de jeunesse insouciante \u00e0 la m\u00e9nopause. Le style d&rsquo;Hettie Jones oscille entre un lyrisme fait d&rsquo;\u00e9motions transparentes et un prosa\u00efsme net.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Les d\u00e9tails ancrent les po\u00e8mes dans une r\u00e9alit\u00e9 tr\u00e8s concr\u00e8te, situ\u00e9e, et c&rsquo;est peut-\u00eatre cet aspect-l\u00e0 qui est le plus <em>beau<\/em> (osons le mot) dans ces po\u00e8mes : chaque chose rencontr\u00e9e, mat\u00e9rielle ou non, a de l&rsquo;importance, a le droit \u00e0 une attention et un soin particulier. Pas de lyrisme \u00e9gotique \u00e0 outrance, trop abstrait. Plut\u00f4t un <em><strong>lyrisme de l&#8217;empathie<\/strong><\/em> (sur lequel il faudra revenir). <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Ainsi, des gestes simples accompagnent <strong>les \u00e9nonc\u00e9s les plus profonds<\/strong>. Pour illustrer ce geste particulier, je pense \u00e0 un po\u00e8me, tir\u00e9 de la section <strong><span style=\"text-decoration: underline;\">J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 cette femme<\/span><\/strong>. Il s&rsquo;appelle \u00ab\u00a0<em>Une sorte de kaddish<\/em>\u00a0\u00bb (<em>kaddish <\/em>signifie <em>pri\u00e8re<\/em>, et oui, Hettie Jones est juive, m\u00eame si on pense aussi <em>in\u00e9vitablement <\/em>au c\u00e9l\u00e8bre po\u00e8me de Ginsberg) : dans le sien, elle rend hommage \u00e0 une tante, d\u00e9c\u00e9d\u00e9e, et ses louanges s&rsquo;accompagnent d&rsquo;observations tr\u00e8s simples du r\u00e9el, sans fioriture, faits de ce que cette tante Fannie a transmis, de sa bont\u00e9 d&rsquo;\u00e2me et sinc\u00e9rit\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 ses savoirs-faire (ici, r\u00e9parer des chaussures). <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">La bascule entre ces registres est repr\u00e9sentative de la fa\u00e7on d&rsquo;aborder la description du r\u00e9el pour la po\u00e9tesse : <strong>du prosa\u00efsme \u00e0 l&rsquo;invisible, il n&rsquo;y a qu&rsquo;une petite enjamb\u00e9e<\/strong>, enjamb\u00e9e que permet, peut-\u00eatre, un vers qui se casse et se d\u00e9place sur la page librement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-vivid-purple-color has-text-color has-large-font-size\"><strong>*<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Dans la section, <em><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>La femme \u00e0 la voiture ve<\/strong><\/span><\/em><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">rte<\/span><\/strong>, Hettie Jones t\u00e9moigne d&rsquo;un monde dans lequel on va vite, tout va vite, o\u00f9 les amours passent et viennent, doux, amers, intenses. Les sentiments comme des panneaux publicitaires sur le bord de la route. La destin comme un auto-stoppeur sympa, ou trop press\u00e9. L&rsquo;herbe cr\u00e8ve, puis repousse, la voiture avance sur les routes. <em>Les routes sont<\/em>, effectivement, <em>des souvenirs<\/em> : ils permettent de plonger dans l&rsquo;histoire intime de celle qui \u00e9crit, dans les histoires projet\u00e9es comme les histoires collectives am\u00e9ricaines (il y a un po\u00e8me \u00e0 la fois tr\u00e8s beau et joueur, quoique na\u00eff &#8211; volontairement ?, sur <em>G\u00e9ronimo <\/em>et les territoires indiens que la voiture am\u00e9ricaine, ce <em>v\u00e9hicule blanc<\/em>, traverse de toutes parts).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-vivid-purple-color has-text-color has-large-font-size\"><strong>**<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Des po\u00e8mes plus engag\u00e9s constellent l&rsquo;ensemble du livre, mais la section <strong><span style=\"text-decoration: underline;\"><em>Liste temporaire des personnes autoris\u00e9es \u00e0 passer les portes<\/em><\/span><\/strong>, l&rsquo;incarne plus que les autres.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:50px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-large is-resized\"><a href=\"https:\/\/www.moma.org\/collection\/works\/199915\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"512\" src=\"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Faith-Ringgold-Die-1024x512.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-292\" style=\"aspect-ratio:2;width:544px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Faith-Ringgold-Die-1024x512.jpg 1024w, https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Faith-Ringgold-Die-300x150.jpg 300w, https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Faith-Ringgold-Die-768x384.jpg 768w, https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Faith-Ringgold-Die-1536x768.jpg 1536w, https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Faith-Ringgold-Die.jpg 2000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Faith Ringold, Die, 1967<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Cette partie pr\u00e9sente des prises de position en vers. Il s&rsquo;agit de digressions sensibles sur l&rsquo;actualit\u00e9 am\u00e9ricaine et mondiale (Apartheid, si\u00e8ge de Sarajevo, etc.). Les images du monde parviennent jusqu&rsquo;\u00e0 Hettie Jones, qui les commentent, faisant de ses textes des r\u00e9quisitoires, des observations acerbes. Hettie Jones fait rentrer certaines probl\u00e9matiques militantes, sans se faire chantre <em>grandiloquente<\/em> &#8211; ce qui l&rsquo;int\u00e9resse ici, encore, ce sont les vies fragiles, diminu\u00e9es, celles qui ne font pas de bruit dans le d\u00e9sordre violent des \u00e9v\u00e8nements.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-vivid-purple-color has-text-color has-large-font-size\"><strong>***<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Pour finir, un dernier commentaire sur <em><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">7 chansons pour mes soixante ans<\/span><\/strong>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-right is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-vivid-purple-color has-text-color has-large-font-size\">\u00e7a commence<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-vivid-purple-color has-text-color has-large-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-vivid-purple-color has-text-color has-large-font-size\">quand la fin approche<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-vivid-purple-color has-text-color has-large-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-vivid-purple-color has-text-color has-large-font-size\">quand les ann\u00e9es<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-vivid-purple-color has-text-color has-large-font-size\">se m\u00e9langent<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-vivid-purple-color has-text-color has-large-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-vivid-purple-color has-text-color has-large-font-size\">quand le train        ralentit<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-vivid-purple-color has-text-color has-large-font-size\">s&rsquo;attarde dans chaque petite gare<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-foreground-color has-text-color has-medium-font-size\">&#8230;<\/p>\n<cite><strong><em>Seven song at sixty<\/em>, 1<\/strong><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Je trouve tr\u00e8s belle cette s\u00e9rie de po\u00e8mes, mais je crois que j&rsquo;en ai rien \u00e0 en dire. L&rsquo;espace d&rsquo;expression libre qu&rsquo;ouvre le po\u00e8me (<em>medium <\/em>arrach\u00e9 aux hommes, et pour le mieux), permet de contourner, dans un m\u00e9lange de simplicit\u00e9 et d&rsquo;ironie, l&rsquo;indicible. Et \u00e7a, c&rsquo;est tr\u00e8s juste : plut\u00f4t qu&rsquo;une avalanche de mots, d&rsquo;expressions, de m\u00e9andres r\u00e9flexifs, il y a une main tendue, ferme, qui part du po\u00e8me, et qui va vers ce qui lui \u00e9chappe.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:25px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right has-vivid-purple-color has-text-color has-large-font-size\">This is what I&rsquo;ll become :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-vivid-purple-color has-text-color has-large-font-size\">ashheap   bone pebbles   messages<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-vivid-purple-color has-text-color has-large-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-vivid-purple-color has-text-color has-large-font-size\">If you want to know me<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-vivid-purple-color has-text-color has-large-font-size\">you better hurry<\/p>\n<cite><strong><em>Seven song at sixty<\/em>, 6-7<\/strong><\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<div style=\"height:50px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-vivid-purple-color has-text-color has-large-font-size\"><strong>Derniers mots (et retour dans le pass\u00e9)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Je voulais revenir au lyrisme <span style=\"text-decoration: underline;\">plein d&#8217;empathie<\/span> que j&rsquo;ai d\u00e9crit plus haut. De toute \u00e9vidence, depuis son exp\u00e9rience de femme, puis de m\u00e8re c\u00e9libataire, le lyrisme d&rsquo;Hettie Jones ne pouvait \u00eatre qu&rsquo;un lyrisme prosa\u00efque, dans le sens o\u00f9 sa vie est, de part et d&rsquo;autre, prise dans les contingences mat\u00e9rielles qui la contraignent, ce dont on ne peut pas forc\u00e9ment dire des po\u00e8tes masculins.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">En \u00e9cho au bandeau, et \u00e0 <em>Sur la Route<\/em>. J&rsquo;ai beaucoup lu Jack Kerouac, qui ne m&rsquo;a pas tant inspir\u00e9 dans mon \u00e9criture personnelle que dans la <em>recherche<\/em> d&rsquo;exp\u00e9riences. A la fin de l&rsquo;adolescence, quand j&rsquo;ai lu plusieurs livres, j&rsquo;\u00e9tais s\u00fbrement trop jeune pour me rendre compte consciemment du regard. Un regard <em>facile <\/em>\u00e0 porter, en vertu de la libert\u00e9 inconditionnelle qui s&rsquo;offrait \u00e0 lui, gar\u00e7on, am\u00e9ricain, blanc, physique, <em>East Coast<\/em>, belle crini\u00e8re de cheveux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Et je me rappelle, dans ses livres, de certains passages o\u00f9 il raconte ses <em>retours <\/em>chez sa m\u00e8re, lorsqu&rsquo;il \u00e9tait trop fauch\u00e9 ou trop d\u00e9pressif, ou trop perdu pour faire quoi que ce soit d&rsquo;autre. Alors que j&rsquo;aurais s\u00fbrement d\u00fb trouver \u00e7a troublant, cela n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 le cas : tout au plus, je trouvais \u00e7a amusant, sans me rendre compte vraiment de \u00ab\u00a0tout \u00e7a\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire, de tout ce que cela impliquait. \u00ab\u00a0Tout \u00e7a\u00a0\u00bb qui est <em>vraiment <\/em>beaucoup de choses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\">Alors j&rsquo;aurais \u00e9t\u00e9 heureux de feuilleter alors le livre d&rsquo;Hettie Jones. Pour constater l&rsquo;\u00e9cart. J&rsquo;aurais aim\u00e9 voir la r\u00e9alit\u00e9 dans tous ces miroirs qu&rsquo;elle entend nous tendre \u00e0 travers des po\u00e8mes simples, accessibles, au plus pr\u00e8s d&rsquo;une vie \u00e9nergique, arrach\u00e9e \u00e0 un quotidien o\u00f9 le regard doit sans cesse se renouveler &#8211; et l\u00e0 est la beaut\u00e9 de la po\u00e9sie d&rsquo;Hettie Jones, port\u00e9e vers l&rsquo;ext\u00e9rieur &#8211; sous peine de crever, purement et simplement.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:50px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"223\" height=\"226\" src=\"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Sans-titre.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-294\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-vivid-purple-color has-text-color has-large-font-size\"><strong><a href=\"https:\/\/www.editions-brunodoucey.com\/Drive\"><em>Drive<\/em><\/a>, Hettie Jones, 2021, Bilingue anglais (\u00c9tats-Unis) \/ fran\u00e7ais. Traduit par Florentine Rey &amp; Franck Loiseau, Collection : <a href=\"https:\/\/www.editions-brunodoucey.com\/collections\/Soleil-noir\">Soleil noir<\/a>, \u00e9ditions Bruno Doucey, 18\u20ac<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un livre rose fuchsia qui attire l\u2019\u0153il, un bandeau un peu racoleur (\u00ab\u00a0La Beat Generation au f\u00e9minin [&#8230;]\u00a0\u00bb) et un titre, non-traduit pour nous plonger directement dans le paysage am\u00e9ricain de la Po\u00e9sie qui va suivre&nbsp;: voil\u00e0 le pari de la version fran\u00e7aise de Drive, \u00e9crit par Hettie Jones, dans une traduction de Florentine Rey [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":289,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-288","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/288","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=288"}],"version-history":[{"count":18,"href":"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/288\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":326,"href":"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/288\/revisions\/326"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/289"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=288"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=288"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/onlancedelapoussiere.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=288"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}